La crise économique argentine de 2001
La solution apportera une accalmie de courte durée. En 1998, l’Argentine connaît une nouvelle crise majeure quand le Brésil dévalue soudainement et massivement sa monnaie. Le Peso, trop fort, ne peut pas rivaliser à l’exportation.
Pire, sa parité avec le Dollar américain empêche sa dévaluation et l’absence de planche à billet paralyse le gouvernement qui se retrouve impuissant face à une situation inédite d’une monnaie trop forte impossible à dévaluer.
Les entreprises n’exportent plus, l’économie se paralyse, le chômage explose. La situation devient telle que des monnaies régionales et locales apparaissent, comme le Patacon dans la région de Buenos Aires, pour offrir à la population un intermédiaire d’échange viable pour la vie de tous les jours. Ces initiatives donnèrent naissance à un système monétaire alternatif constellé d’une multitude de cercles d’échange, par ville, des fois même par quartier.
En 2001, ce n’est pas moins de 200 monnaies différentes qui cohabitent en Argentine en parallèle du système officiel du Currency Board (maintient d’un taux de change entre la monnaie nationale et une autre devise étrangère), toujours en place malgré la crise économique. La population trouve malgré tout une utilité au Peso argentin, cette monnaie forte, indexée sur le dollar et peu utilisée : celle d’un refuge pour l’épargne face à l’incertitude économique du pays.
Devant cette situation et après un ultime appel à l’aide auprès du FMI, le système finit par s’effondrer quand le gouvernement argentin limite les retraits en Peso et interdit l’envoi de capitaux à l’étranger. Soudainement, le Peso devenait inaccessible à une partie de la population qui l’utilisait comme une garantie sur un futur plus qu’incertain.
Devant l’incapacité du gouvernement à faire face à une situation qui s’envenime, le FMI refuse finalement l’aide annoncée, laissant un goût amer à un pays entier. La situation dégénère et crée, en décembre 2001, une série d’émeutes dans plusieurs grandes villes du pays qui causent la mort de 39 personnes et entraîne la démission du président argentin alors en place.
Fernando de la Rúa qui au terme des émeutes dû s’échapper en hélicoptère de la maison présidentielle, alors assiégé par les manifestants. Cet épisode insurrectionnel, entré dans les mémoires sous le nom de l’Argentinazo, a profondément marqué les argentins et demeure aujourd’hui très présent dans les esprits.
20 ans après l’Argentinazo, un pays toujours en crise.
Après la crise de 2001, plusieurs réformes, dont la fin du Currency Board et une dévaluation de la monnaie, recréent un climat de confiance et une amélioration de la croissance économique.
Mais à partir du début des années 2010, l’économie alterne entre croissance faible et périodes de récession du fait d’un retour des politiques inflationnistes et d’un déficit toujours plus important de la balance budgétaire. La situation est erratique et varie d’année en année. En 2018, un risque de défaut sur la dette argentine fait chuter le Peso de 20% en quelques jours.
Cette crise, la plus importante depuis 2001, oblige le gouvernement à instaurer un programme d’austérité et à demander l’aide du FMI. Une décision vivement critiquée par les argentins qui ont encore à l’esprit l’abandon précipité de l’institution internationale 17 ans plus tôt, alors que le pays était au bord du gouffre.
Depuis la crise sanitaire du COVID la situation ne s’est pas améliorée dans le pays. L’inflation explose, le taux de pauvreté atteint 42% en 2020 et le pays souscrit à une nouvelle aide financière auprès du FMI en 2022. La situation est toujours inquiétante aujourd’hui : en 2023 l’inflation atteint 115% sur un an entre août 2022 et 2023, le Peso argentin a quant à lui été dévalué de 20% par la Banque centrale argentine le 14 août dernier.
Un candidat pro-Bitcoin, Javier Milei
La beauté de cette technologie réside dans sa décentralisation et son autonomie.
Javier Milei
C’est dans ce contexte socio-économique tendu, dans cette longue histoire argentine traditionnellement affligée par les politiques inflationnistes désastreuses, que s’inscrit le candidat libertarien Javier Milei.
Celui-ci crée la surprise le 13 août dernier en remportant la primaire obligatoire argentine avec 30% des suffrages exprimés. Présenté tour à tour comme libertarien, anarchiste, anti-système… Il propose la fin de l’interventionnisme étatique, l’abolition de la Banque centrale argentine, voire l’abandon pur et simple au profit d’une autre monnaie.
Il critique sévèrement les personnalités politiques, les partis et les syndicats comme étant responsables du mal hyperinflationniste que connaît l’Argentine. Défenseur de la liberté économique, de la propriété privée et des droits individuels, c’est tout naturellement que Milei voit en Bitcoin une porte de sortie pour son pays.
Bitcoin est pour le candidat une des solutions envisageables pour régler à la fois l’hyperinflation et le problème de confiance du peuple envers ses élites.
Dans une interview donnée à Tucker Carlson sur la plateforme X, vue plus de 400 millions de fois en quelques jours, Javier Milei détaille plus précisément certains points de sa philosophie politique, très ancrée dans le libertarianisme.
Des idées qui résonnent avec les leçons données 65 ans plus tôt à Buenos Aires par Ludwig von Mises sur la prodigalité des gouvernements et leur utilisation excessive de “monnaie miracle”. Nous vous proposons quelques citations sélectionnées permettant d’en apprendre plus sur la vision philosophique et politique de Javier Milei :
L’idée qu’à chaque besoin correspond un droit est un problème. Il ne peut y avoir un nombre infini de besoins, que quelqu’un devra financer, alors que les ressources sont limitées et finies. Cela crée un conflit entre ressources finies et besoins infinis. Le point de vue libéral face à ce problème est simple : par la liberté économique et le droit à la propriété, un mécanisme naturel se met en place pour solutionner ces difficultés. [...] Nous croyons que le libéralisme est le respect inconditionnel de la vie d’autrui, enraciné dans le principe de non-agression, et de la défense de la vie, de la liberté et de la propriété. [...] Le gouvernement ne peut donner de richesses car il n’en produit pas.
Javier Milei
Ep. 24 Argentina’s next president could be Javier Milei. Who is he? We traveled to Buenos Aires to speak with him and find out. pic.twitter.com/4WwTZYoWHs— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) September 14, 2023
Ep. 24 Argentina’s next president could be Javier Milei. Who is he? We traveled to Buenos Aires to speak with him and find out. pic.twitter.com/4WwTZYoWHs
Citant tour à tour Milton Friedman et les différentes œuvres de Friedrich Hayek, dont “Utilisation de la connaissance dans la société” et “Présomption fatale”, Milei critique l’hubris des gouvernants se pensant être les mieux à même pour régler les problèmes de leur pays en intervenant directement dans l’économie.
Pour Milei, un gouvernement se pensant plus intelligent et compétent que la multitude des individus composant la société pour coordonner et planifier l’économie se prend de fait pour Dieu, car “il se croit omniscient, omniprésent et omnipotent en toute chose”.
Mises avait lui utilisé lors de sa conférence à Buenos Aires en 1958 l’image de Van Gogh, qui, dans une économie planifiée, aurait été envoyé, au mieux travailler dans une fromagerie, au pire à l’asile, afin de critiquer la prétendue “sagesse, talents et dons des individus composant l’autorité suprême”.
Depuis cette interview donnée le 15 septembre 2023 le premier tour de l’élection présidentielle a eu lieu, le 22 octobre dernier. Donné favori dans les sondages, Javier Milei arrive finalement en seconde position avec 30% des suffrages exprimés derrière Sergio Massa (36%), ancien ministre de l’Économie argentin et présenté comme le candidat “inflationniste” par ses opposants.
Aucun des candidats n’ayant remporté la majorité, un second tour sera donc organisé en novembre pour départager les deux hommes. Si Javier Milei est arrivé deuxième, il peut néanmoins compter sur deux soutiens importants dans sa course à la présidentielle : la candidate de la droite traditionnelle Patricia Bullrich, arrivée troisième au premier tour avec 24% des votes, et Mauricio Macri, ancien président argentin de 2015 à 2019.
Ce ralliement inattendu a provoqué une onde de choc majeure qui redessine déjà le paysage politique du pays. La dernière ligne droite de l’élection est donc électrique, résultat le 19 novembre pour savoir qui sera le futur président de l’Argentine.
Javier Milei est un candidat atypique pour une élection présidentielle. Il demeure, à bien des égards, le produit d’une longue histoire émaillée de souffrances causées par des décennies de politiques inflationnistes.
Candidat clairement versé dans les idées de Mises, Hayek, Friedman et Rothbard, il est aussi un candidat parfois surprenant par les mesures qu’il défend. Quoi qu’il en soit, quatre ans après l’arrivée au pouvoir de Nayib Bukele au Salvador, verrons-nous un nouveau président pro-Bitcoin à la tête d’un pays d’Amérique Latine ?

Questions fréquentes
Pourquoi l'Argentine connaît-elle une inflation chronique depuis des décennies ?
L'Argentine subit une inflation chronique depuis 1975, conséquence directe de politiques monétaires expansionnistes répétées. Confrontés à des récessions et déficits budgétaires, les gouvernements argentins ont systématiquement choisi la création monétaire pour financer leurs dépenses. Entre 1975 et 1990, l'inflation annuelle n'est jamais descendue sous 100 pour cent, provoquant une chute du PIB de 22 pour cent et une perte de confiance durable dans le peso argentin.
Qu'est-ce que l'Argentinazo de 2001 ?
L'Argentinazo désigne les émeutes de décembre 2001 en Argentine, déclenchées par l'effondrement du système monétaire (Currency Board parité peso-dollar). Le gouvernement avait limité les retraits bancaires et bloqué les transferts de capitaux, rendant le peso inaccessible à la population. Les émeutes firent 39 morts et provoquèrent la fuite en hélicoptère du président Fernando de la Rúa depuis la Casa Rosada, marquant durablement la mémoire collective argentine.
Quelle est la position de Javier Milei sur Bitcoin ?
Javier Milei voit en Bitcoin une solution à l'hyperinflation argentine et au manque de confiance envers les élites politiques. Économiste libertarien revendiqué, il défend la décentralisation et l'autonomie monétaire offertes par Bitcoin face à la Banque centrale argentine qu'il propose d'abolir. Sa philosophie s'inscrit dans la lignée des économistes autrichiens Mises, Hayek, Friedman et Rothbard, prônant la liberté économique et la propriété privée.
Pourquoi le Currency Board argentin de 1991 a-t-il échoué ?
Le Currency Board, instauré en 1991 pour ancrer le peso au dollar américain, a échoué quand le Brésil dévalua massivement sa monnaie en 1998. Le peso, devenu trop fort, paralysa les exportations argentines sans possibilité de dévaluation. Privé de l'outil de la planche à billets et incapable d'ajuster le taux de change, le gouvernement assista impuissant à la paralysie économique, l'explosion du chômage et l'apparition de plus de 200 monnaies régionales parallèles.
Quelles sont les mesures économiques principales défendues par Javier Milei ?
Javier Milei défend l'abolition de la Banque centrale argentine, la fin de l'interventionnisme étatique, et envisage la dollarisation ou l'adoption d'une monnaie alternative comme Bitcoin. Inspiré par l'École autrichienne d'économie, il prône la liberté économique, la propriété privée et le respect strict des droits individuels. Il critique sévèrement l'idée d'un État providence aux moyens illimités, qu'il considère responsable de la ruine économique chronique de l'Argentine.
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